Qu'est-ce qu'un barbare ?


Depuis le 7 janvier 2015 il est souvent question dans les media de barbares et d'actes de barbarie. On nous a dit à plusieurs reprises que nous devrions changer le nom de notre compagnie. Le barbare, c'est au départ l'étranger à la cité, l'autre, le métèque, celui qui parle si mal la langue que les grecs de l'antiquité l'appelaient «varvarvar» : le barbare, celui qui bute sur les mots. Chez les romains, le barbare était souvent très cultivé, utile mais relégué aux portes de la cité. Il était bien loin de l'image des germains descendant les pentes neigeuses en hurlant, assis sur leurs boucliers comme sur des luges - encore que c'est une image qui nous irait très bien ! Chaque civilisation a ses barbares, ils sont toujours à côté, inquiétants, on leur reproche de faire tomber des empires, mais la plupart du temps, ils les vivifient de leur sang neuf.


Nous avons choisi depuis notre création en 2009 d'être en compagnie des barbares, de ceux qui sont à côté de la cité : nous travaillons en prison, dans les banlieues, en milieu rural, nous mêlons à nos spectacles des langues barbares : chinois, japonais, arabe, Khmer, inventions dadaïstes et autres borborygmes.


Nous resterons donc En Compagnie des Barbares :


Parce que le jour s'achève et que les barbares ne sont pas venus

Et certains qui arrivent des frontières assurent qu'il n'y a plus de barbares.

A présent, qu'allons-nous devenir sans les barbares ?

Ces gens-là, c'était une espèce de solution.

Constantin Cavafy, En attendant les barbares. 1912